La Braunhie et les jonquilles, c’est le printemps !
» Il me semble qu’un jour , tu m’avais parlé d’un chemin des jonquilles. » ai-je dit à ma soeurette.
» Oui, bien sûr, c’est dans la forêt de La Braunhie. Tu peux y aller, mais, fais attention, il ne faut pas tomber dans les igues ou se perdre dans la forêt ! Je te prêterai une carte IGN, il vaut mieux ! Surtout à l’igue noire, si tu arrives du mauvais côté, tu te retrouve au fond sans t’en apercevoir !!! «
Me voilà bien rassuré … car même si je n’y suis jamais allé, j’ai entendu parler de cette forêt dont le nom évoque encore de nos jours de l’appréhension …
Bien, me voilà arrivé à Caniac du Causse, dans le Lot; vous tirez un trait entre Gramat et Cahors et au milieu vous y êtes ! Sur la place du village entourée de la mairie, de l’église et du café associatif! je vois ce grand panneau:

Espace naturel sensible, sur les pas de l’ermite, sentier d’interprétation ….tout ça a l’air cool sauf qu’on est au mois de mars et le café associatif « la maison de La Braunhie est fermé … bon, c’est parti, il suffit de suivre les flèches ! Direction l’igue de Planagrèze … le sentier est comme je les aime …

Oh! des pervenches ! Une source ! ça sent vraiment le printemps!



Je sors du sentier, quelle vue ! C’est vrai qu’il n’y a pas grand monde sur les Causses du Quercy! En tout cas, pas de jonquilles à l’horizon …

et, ici, ce ne sont pas les vaches qui regardent passer les trains ! mais les brebis Caussanardes à belles lunettes dont voici la légende :
La légende de la Brebis Caussenarde
Ou pourquoi les brebis Caussenarde ont-elles le tour des yeux noirs ?
L’histoire raconte que dans l’ancien temps, il y avait dans la région du Quercy énormément de moutons. Ceux-ci donnaient une belle laine, très appréciée dans la région, mais hélas, tous les moutons du Quercy souffraient d’une maladie des yeux.
Un berger avait pris pour habitude de protéger ses propres yeux de la réverbération du soleil du Causse par un foulard sombre et transparent. Un matin, se levant après une nuit passée dans la cazelle, il eut une idée lumineuse : il prit des restes de charbon dans le foyer qui l’avait réchauffé la veille au soir, et entrepris de noircir le tour des yeux de chacun de ses moutons. Il constata alors que ceux-ci se portaient beaucoup mieux : leur maladie des yeux était guérie !
Depuis lors, lorsque les brebis Caussenarde mettent bas leurs agneaux, ceux-ci ont tous le tour des yeux noirs, et se portent comme des charmes !

Tiens, le paysage change … c’est lunaire !!!

Alors, elle est où, cette igue de Planagrèze, là? là? ou là?



Ah, la voilà! Je l’avais dépassée …





Il vaut mieux ne pas glisser en effet ; bon,continuons. Voilà des mots qui parlent: Roc Traucat ( troué en occitan ) Cloup profond … on sait à quoi s’attendre ! Et puis, et puis …elles apparaissent !!!








Partout sur des kilomètres, sauvages et préservées … les voitures n’arrivent pas jusqu’à elles, il faut les mériter! Allez, je vous offre un bouquet !

Voyons, voyons, où en était-on? Je ne sais plus trop où je suis !!! Le problème, c’est la carte IGN.

Comme vous le voyez, j’étais sur le trait rouge venant de l’igue de Plane Grèze à l’ouest et je voulais rejoindre le trait rouge à l’est pour trouver l’igue noire sauf que la carte est « coupée » au nord … il me faut donc me fier à mon sens de l’orientation !

Je courais, insouciant, par les chemins comme la petite chèvre de M Seguin mais, comme pour elle, le soleil commençait à baisser; exit le jaune des jonquilles, bienvenue aux ombres menaçantes …

Tourne à droite, tourne à droite, me disait mon instinct … mais je commençais à me demander si je n’avais pas présumé de mes forces et si je n’allais pas finir perdu au milieu de la terrible forêt de la Braunhie … et je me rappelais l’histoire de l’ermite St Namphaise « déchiré à mort par un taureau furieux » dans cette même forêt!

Enfin, au bout d’un chemin, des lauzes apparurent, une chapelle !



Ce ne pouvait être que celle de St Naphaise, j’étais sauvé! Merci mon dieu ! Du coup, j’étais obligé d’aller remercier St Namphaise dans sa crypte sous l’église de Caniac et je reconnais que je n’ai pas été déçu de la visite … un vrai bijou !





En sortant de l’église, je m’aperçois que le café associatif est ouvert … des gens très sympathiques m’expliquent qu’il n’y a plus de plans des circuits de la forêt, que ce n’est pas encore la saison touristique mais que, bientôt, le café sera ouvert tous les jours et qu’ils vont recevoir de nouveaux plans. Une dame me dit: » Mais vous auriez pu vous perdre, malheureux! » Je lui répond que j’ai un grand sens de l’orientation ! mais aussi une montre GPSqui m’indique par une flèche la direction à prendre pour revenir au point de départ !!! Là, elle en reste baba et me regarde comme le nouveau St Namphaise !

PS pour ma soeurette: et non je n’ai pas vu l’igue noire, je me suis aperçu plus tard en regardant la carte que j’avais dû passer juste à côté puisque je me rappelais avoir vu les ruines de la maison Lalo, juste à côté sur le plan … j’ai dû l’échapper belle mais ce n’est pas encore cette fois-ci que tu m’enverras ramasser des patates au fond du trou !!! Il faudra donc que j’y revienne …
Distance: 16km
Temps: 2h15 ( cueillir les jonquille, ça prend du temps ! )
Dénivelé: 230 m ( plus si on tombe au fond des igues ! )
IGUE: Dans les Causses du Quercy, dépression fermée où s’ouvre parfois un gouffre.( Larousse)
En France, une igue ou cloup, termes dialectaux du Lot et des causses du Quercy1 (synonymes de gouffre ou abîme en géographie et géologie), désigne une sorte de puits naturel, pas très large, provoqué soit par une cavité karstique remontant jusqu’au niveau du sol (fontis), soit par un effondrement du sol au-dessus d’une cavité karstique.
Les igues peuvent conduire ou non à des cavités souterraines plus ou moins importantes. Il ne faut pas les confondre avec les gouffres qui ont des dimensions bien plus importantes et qui peuvent eux aussi se former à partir d’effondrements de dolines. ( wikipedia )
